3 femmes, 3 mères, 3 générations : 3 visions de la maternité et de l’éducation. Une story spéciale Fête des Mères.

A l’occasion de la Fête des Mères, nous avons décidé de partager avec vous non pas une mais trois histoires ! Celles de 3 femmes, 3 mères, 3 générations. Madeleine, 82 ans, mère, grand-mère et arrière grand-mère. Céline, 53 ans, sa fille et mère de Leslie, 31 ans. Quand on dit que la maternité est une histoire de femmes, en voici la preuve (sourire). Surtout que la petite dernière de la famille est encore une fois une fille. Elle s’appelle Rose et a 2,5 ans. Par téléphone, confinement oblige, elles nous ont parlé de leur vision de la maternité et de l’éducation. Nous leur avons posé les mêmes questions et leurs réponses, sans le savoir, sont souvent similaires malgré l’écart de générations.

De gauche à droite: Leslie (31 ans), Rose (3 ans), Céline (53 ans), Madeleine (82 ans)

De gauche à droite: Leslie (31 ans), Rose (3 ans), Céline (53 ans), Madeleine (82 ans)

Quelles valeurs vous a transmises votre mère ?

Grand-mère – Madeleine: Le respect et le travail. Je viens d’une fratrie de 8 enfants. Notre mère est décédée d’un cancer quand j’avais 13 ans et, étant la deuxième plus grande, j’ai dû la “remplacer” et m’occuper de mes frères et soeurs. 

Mère – Céline: Le sens des responsabilités, le respect, l’amour de la famille et du travail. Ma mère s’est occupée de ma soeur et moi à temps plein jusqu’à mes 13 ans. A 40 ans, elle a décidé de passer sa patente de cafetier, malgré les réticences de notre père, et ouvrir un restaurant, son rêve. Nous y avons beaucoup travaillé pendant les pauses de midi et les vacances. J’adorais ça !

Fille – Leslie: Plusieurs mais je dirais surtout les valeurs de la famille et de l’indépendance. Savoir se débrouiller seule et ne compter que sur soi-même.

Que représente votre mère à vos yeux ?

Mère – Céline: Un pilier ! Nous avons toujours été fusionnelles. Au décès de mon père, en 2014, j’ai pris conscience, malgré toute ma tristesse, que je serais capable de m’en sortir sans eux. Inconsciemment, je me suis sentie libérée, le cordon était enfin coupé.

Fille – Leslie: C’est un peu paradoxal mais elle est autant mon héros que mon dragon. C’est une des personnes que j’aime le plus au monde et je l’admire énormément. Après, nos caractères étant très différents nous avons souvent des conflits. Par exemple, ma mère est de nature angoissée et a besoin de contrôler alors que moi je suis plus à la cool, toujours optimiste et positive. Mes parents étaient à l’opposé dans leurs caractères et je pense me situer au milieu. Ma mère c’est Monica dans Friends (rires). Elle est du genre à payer une facture au moment où elle l’a reçoit alors que moi je suis plus du genre à attendre le dernier jour voir le premier rappel (sourire).

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A t-elle influencé votre relation au travail et à l’amour ?

Mère – Céline: Niveau travail oui ! Comme elle, toujours investie à 100%. Chaque matin, on se lève et on y va, qu’on soit malade, triste ou fatiguée. Et quand on commence quelque chose, on va jusqu’au bout. Après niveau sentimental non. Déjà, contrairement à moi, elle n’a eu qu’un mari (rires). Mon père était aimant mais colérique. Ma mère a dû beaucoup encaisser moi, je n’aurais pas supporté. Mais, c’est une question de génération. Pour ma mère, il n’aurait jamais été envisageable de partir alors que pour moi ça a été différent, je n’ai pas pu tout accepter. On a essayé, mais ça n’a pas marché.

Fille – Leslie: Au travail oui assurément ! Elle m’a appris la rigueur des choses. En amour, au contraire, j’ai pris un virage à 180° pour éviter de me retrouver dans la même situation et connaître ce qu’elle a enduré suite aux tromperies de mon père qui ont provoqué leur divorce. Une période très difficile pour elle même si elle ne le montrait pas. Elle a été vraiment très forte. Je n’aurais jamais réagi comme elle. Nos valeurs sur l’amour sont très différentes. Je me retrouve plus dans le couple de mes grands-parents qui sont restés 52 ans ensemble. Malgré toutes leurs disputes, il y avait du respect et de l’amour. Quand ça ne va pas, on discute, on arrange mais on ne part pas. C’est évidemment pas toujours simple mais croire à un amour sans vagues est utopique. La passion est éphémère.

Quel a été le style d’éducation de votre mère ? Avez-vous répliqué (ou allez-vous répliquer) le même avec votre fille ? 

Mère – Céline: On a été élevé à la dure ma soeur et moi (sourire). Elle était autoritaire, stricte mais très aimante. Avec le père de Leslie, on a toujours été très relax/cool avec notre fille. On lui expliquait tout. Quand on s’est séparés, Leslie avait 13 ans. Elle faisait une semaine avec son père et une semaine avec moi. J’étais cool mais quand même moins que lui alors quand Leslie revenait chez moi après une semaine je lui disais “chez papa tu fais ce que tu veux mais ici c’est comme ça” (rires) ! Heureusement, le divorce s’est bien passé et nous sommes restés en bons termes.

Fille – Leslie: Je trouve que j’ai eu une enfance et une éducation merveilleuse. Malgré des caractères différents, mes parents étaient sur la même longueur d’onde. Une éducation bienveillante, sans punitions ni fessées. Ils prenaient le temps de m’expliquer les choses. Une éducation super positive que j’essaie de répliquer avec Rose. Je lui parle beaucoup, je l’encourage et la félicite. Par contre, 0 tolérance pour les règles de savoir-vivre et de politesse qui sont, à mes yeux, essentielles. Les parents de mon mari étaient très stricts et il en a beaucoup souffert du coup, il est ravi de faire différemment avec sa fille. Rose est une petite fille très sensible, très gentille. Le plus tu la pousses et l’encourage, le plus elle s’ouvre. Par contre, je ne sais pas trop quand être cool et quand être stricte. Dire oui à tout ne leur rend clairement pas service pour le futur. Il faut essayer de trouver un juste milieu.

Madeleine, avec vos filles, quel a été votre style d’éducation ? Que pensez-vous de l’éducation que votre fille donne à Leslie ? 

Grand-mère – Madeleine: Sévère mais juste. Avec mon mari on essayait de ne jamais se contredire devant elles. Si nous n’étions pas d’accord on en discutait d’abord tous les deux. On a vraiment essayé de leur inculquer la valeur du travail. Si elles voulaient quelque chose, elles devaient travailler pour. D’ailleurs, pour le vélomoteur qu’elles voulaient tant, elles l’ont gagné à la sueur de leur front en passant des heures au restaurant et à faire du baby-sitting (sourire).

Sur l’éducation de Leslie, je n’ai rien à dire. Par contre, je regrette le divorce de ma fille. Heureusement, ma fille et son ex-mari s’entendent bien mais c’est quelque chose que je n’arrive pas à comprendre. Malgré tout, j’ai soutenu ma fille.

Comment avez-vous géré vie de famille et professionnelle en même temps ? Pensez-vous que ce soit plus simple aujourd’hui où à l’époque de votre mère ? 

Mère – Céline: Mon ex-mari est architecte et on avait une société ensemble. Les bureaux étaient dans notre maison ce qui fait que j’étais disponible autant pour ma fille que pour mon travail. Pas de déplacements à faire donc énorme gain de temps. Les premières années, je travaillais surtout quand Leslie dormait. Une fois qu’elle a commencé l’école, c’est devenu encore plus simple de tout concilier. J’étais autant mère au foyer que working mom. Il aurait été impensable pour moi d’arrêter de travailler. J’aime trop ça et j’en ai besoin pour mon équilibre. Mon ex-mari était content car j’étais toujours là, présente quand il avait besoin. On a ensuite complètement changé d’activité. On a repris ensemble le Café du Marché à Carouge pendant 2 ans. J’adorais mais du coup je finissais tard. Je n’étais plus aussi souvent à la maison, il ne pouvait plus me “contrôler” et ça a été le début de la fin entre nous. Ma mère a voulu s’émanciper de mon père en ouvrant son restaurant à 40 ans et bien j’ai fait pareil… 

Je ne pense pas qu’il soit plus simple de concilier les deux maintenant qu’à mon époque ou celle de ma mère. Les mentalités et priorités ne sont simplement pas les mêmes. Ma mère en commençant en se mettant à son compte à 40 ans est un peu une exception.

Fille – Leslie: Mes parents se sont énormément occupés de moi, je n’ai jamais eu de nounou. Comme ils travaillaient depuis la maison c’était plus facile. Je suis convaincue qu’un enfant a besoin d’être un maximum entouré de sa naissance jusqu’à l’âge de 10 ans. Depuis que Rose est née, c’est ma préoccupation numéro une. Je n’ai pas travaillé les 18 premiers mois. Pour être honnête, les 6 derniers je n’en pouvais plus. Le travail me manquait beaucoup comme quoi tout est question d’équilibre. J’ai recommencé à 70% en tant qu’employée alors qu’avant Rose j’étais à mon compte. J’ai tenu un an ! J’ai quitté au début de la crise du covid pour me remettre à mon compte et utiliser cette période de confinement pour lancer mon projet. A voir maintenant si financièrement ça va le faire ou pas. 

A l’époque de ma mère, les femmes étaient moins carriéristes. Beaucoup ont été mères au foyer avant de reprendre une activité une fois les enfants plus grands. Je trouve que les parents de notre génération ne sont pas aidés. Pour s’en sortir, les deux doivent travailler. On ne pourra jamais parler d’égalité tant qu’on ne trouvera pas une solution viable autour de la garde d’enfants et qu’il n’y aura pas un congé parental à répartir à sa convenance entre le père et la mère. On est dans une phase de transition.

A l’époque de ma grand-mère, les femmes n’avaient pas le choix. Elles étaient forcées de rester à la maison et souvent dans des mauvais mariages. Je suis d’autant plus admirative de ma grand-mère qui a réussi à s’émanciper de mon grand-père en lui tenant tête pour ouvrir un restaurant à l’âge de 40 ans. Elle a prouvé qu’elle existait en tant qu’individu et pas en tant qu’épouse de.

Quel est le meilleur conseil que votre mère vous ait donné ? 

Grand-mère – Madeleine: Quand on veut on peut !

Mère – Céline: Rester indépendante quoi qu’il arrive !

Fille – Leslie: Il n’y a pas de problèmes, que des solutions ! 

Quel regard aujourd’hui portez-vous sur votre mère ?

Mère – Céline: Un regard bienveillant, tendre et plein d’amour. 4 générations de filles, la boucle est bouclée.

Fille – Leslie: Je la regarde avec beaucoup d’amour et de reconnaissance. Je suis fière d’être sa fille.

Madeleine, que voudriez-vous dire aujourd’hui à votre fille et petite fille?

Grand-mère – Madeleine: Que je les aime de tout mon coeur. Elles sont la plus belle chose dans ma vie. Elles doivent réaliser que je ne suis pas éternelle. Il faut se voir maintenant pour avoir des souvenirs demain.


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